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Lorsque mes yeux se ferment
Lorsque mes yeux se ferment
Nous marchons sur les décombres encore fumants, vestiges devenus pierres tombales pour nos enfants. Nous n’avons plus de terre, plus de pays, plus de maisons, et bientôt plus ni familles ni parents. Nous errons entre les ruines et l’attente. Qui demain rejoindra dans la mort les siens déjà partis? Qui poursuivra ce chemin sans fin, pour combien de temps encore? Nous nous déplaçons tel des cibles de foire pour les snipers israéliens, jusqu’à l’instant final.
Nous avons cessé d’exister, cessé d’être des humains dans vos regards, dans vos coeurs. Nous n’avons plus droit à la vie. A vos yeux nous ne sommes que des monstres, même la vie de nos enfants ne vous touche pas. Devenu invisibles, nos vies n’ont plus de place dans votre monde. Vous aviez acceptez de nous voir enfermés, privés du droit de vivre dignement, de choisir notre destin. Aujourd’hui c’est celui de vivre que vous nous refusez.
Notre pays est dévasté, notre enclave prison détruite, notre petit bout de terre sacrifié. Il ne nous restait pourtant pas grand-chose, juste un lieu pour naître, grandir et mourir, mais même cela vous voulez nous l’enlevez. Vous avez oublié, oublié les souffrances que vous avez endurées, oublié les vies sacrifiées dans les camps de la mort, oublié votre passé. Tout cela n’a pas eu lieu ici, en terre de Palestine. Nous n’y avons même jamais participé. Mais votre haine est si grande contre nous que le peu que vous nous laissiez jusqu’à ce jour, vous avez choisi de nous l’enlever, en tuant nos enfants, en tuant nos femmes, en tuant tous ceux qui ont à vos yeux le tort de naitre Palestiniens.
Nous n’existons déjà plus dans les médias occidentaux, nous n’avons jamais vraiment eu de place de toute façon. Israel maintenant efface notre mémoire collective, détruit nos mosquées et nos lieux de culture, détruit nos artistes et leurs créations. Sans mémoire collective, il n’y a ni passé ni futur, il n’y a plus de rêves possible. Nous devons disparaître au yeux de vos dirigeants, mais aussi dans les vôtres. Où êtes vous? Nous ne percevons même plus les rumeurs de votre indignation. Nous mourrons sous vos yeux, à deux pas de vos rues, de vos habitations, nous mourrons ensevelis sous le déluge des bombes, sous le feu de vos soldats, sans que cela ne vous atteigne. Nos enfants quittent ce monde sans avoir vécu. Ils ne sont responsable de rien, et, c’est pourtant eux qui subissent le plus votre haine, vos bombardements aveugles, la violence de votre silence et de votre mépris. Vos soldats sont à l’image de votre société criminelle. Ils tuent dans l’indifférence et l’impunité. Et nos enfants meurent par milliers.
Que naîtra t-il demain, dans les cendres encore fumantes des ruines de Gaza lorsque les armes se tairont? Quel monstre aurez-vous laissé naitre et grandir, par votre mépris et votre arrogance? Demain, en Israel, vos descendants devront vivre et porter le poids de tout cela. Parviendront-ils à trouver les chemins qui mènent jusqu’au pardon? Seront-ils prêt à supporter ce fardeau? Comment expliquerez-vous vos silences, comment vous justifierez vous?
Cette «guerre» contre notre peuple, notre culture, ce que nous sommes, cette guerre que l’histoire peut être un jour reconnaitra comme génocide, prendra fin. Nos yeux resteront rougis par les larmes sèches d’avoir tant coulées. Nos coeurs pleureront longtemps nos morts, notre terre portera leurs corps et gardera le sang versé de tout ces innocents. Peut être nous sera t-il possible de penser à la paix, peut être vous sera-t-il possible d’espérer notre pardon. Je fais ce rêve fou.
Dans mes yeux fermés, je vois des enfants rire et chanter, jouer sur les rives de la méditerranée, courir face au vent les bras grands ouverts. J’entends chanter les femmes, face au soleil couchant, j’entends l’écho de leurs mots, repris par les hommes, les yeux remplis de larmes de joie. Lorsque mes yeux se ferment, je ressent la caresse d’une brise qui ramène les embruns de la mer, je perçois
la tendresse des adolescents qui main dans la main, marchent dans les vagues, dans lesquelles leurs promesses de futurs lumineux trouvent un passage pour vibrer sur le monde. Lorsque mes yeux se ferment, je vois des hommes et des femmes, unis, libres, les mains tendues vers leurs voisins Israéliens. Je vois la grandeur, la beauté du pardon et la force de vivre dans chaque main offerte.
Lorsque mes yeux s’ouvrent, je sais que tout cela est possible, car de l’amour naissent les demains lumineux. Que toutes ces vies anéanties, portent en elles la clameur qui appelle à vivre ensemble et en paix. Je vois les enfants Palestiniens à qui la vie a été volée, demander que se taisent les armes, que la haine disparaisse à jamais. Je vois deux peuples, unis face aux bourreaux semeurs de morts. J’entends les murmures s’élever annonçant les condamnations des responsables. Je vois la honte aussi des gouvernements occidentaux, complices et coupables.
Lorsque mes yeux se ferment, je vois un enfant, tenant la main de sa mère Israélienne et de son père Palestinien réunis, j’entends deux langues, raconter la même histoire de la vie. Je vois dans l’art deux peuples ensembles, construire le socle de ce qui les lie. Je vois les arbres fleurir, les oiseaux traverser le ciel bleu. J’entends la terre et la vie respirer de nouveau.
Il serait plus facile de laisser la colère prendre toute la place et fermer le coeur. Il serait plus facile de glisser dans le piège tendu et ne garder que la haine. Ce serait si simple et si confortable. Choisir les uns contre les autres, nourrir les haines pour exister dans la destruction qui n’apporte rien d’autre que la souffrance et la mort. Je choisi la vie, celle qui ouvre les chemins d’avenirs possibles et radieux. Je choisi le futur, celui qui permet de se redresser et de croire en demain, celui que même vos bombes ne peuvent enlever. Je choisi de vivre, et donner à nos morts un peu de cette vie que vous leur avez enlevé.
Ce ne sont que quelques mots, posés sur la page blanche d’une feuille qui n’attend que d’être le parchemin qui porte la lumière et l’amour jusqu’à vous. Des mots pour vous, des mots pour vous dire que vous n’êtes pas seul, que le silence qui étouffe vos appels, vos plaintes, vos pleurs et vos cris, nous touchent nous aussi. Tout comme vous, nous sommes impuissants pour arrêter la folie meurtrière qui chaque jour vous détruit. Que, dans le silence de nos sociétés, dans celui des hommes et des femmes politiques complices et des médias coupables, une partie de ce que nous sommes, meurt avec vous. Vos morts, vos blessures, chaque jour viennent fragiliser et fissurer un peu plus nos humanités.
Guy Demonteil