Projets en cours
Projets en cours de réalisation
Planter la pluie
Synopsis
Alors que les phénomènes climatiques extrême s’amplifient, que les écosystèmes sont de plus en plus vulnérables et menacés et qu’aucune partie du globe ne semble épargnée, l’inaction demeure.
Peut on sortir des dogmes qui nous empêchent de penser et nous figent dans une perception erronée de la nature ? Sommes-nous si prisonnier de nos croyances, de nos peurs, de nos ignorances, de nos convictions et de notre confiance aveugle dans la technologie, qu’il nous est impossible de nous libérer de nos chaines ?
« Planter la pluie » nous invite à questionner nos certitudes, à revoir notre rapport au vivant, à accepter nos responsabilités collectives face aux multiples désastres écologiques. Mon documentaire invite aussi à interroger l’immobilisme sociétal et l’impensé collectif qui l’accompagne.
Au côté de scientifiques, spécialistes de l’hydrologie, des sols, des milieux naturels, mais aussi de philosophes, de sociologues ou de paysans, « Planter la pluie » veut explorer ces questions centrales en tentant d’apporter des éclairages pour nourrir la réflexion.
A l’aulne de ce nouveau millénaire, loin du tumulte médiatique et des querelles d’experts, des femmes et des hommes explorent et tentent de comprendre comment en permettant aux sols de retrouver leur perméabilité, il devient possible de planter la pluie ? Comment les forêts peuvent-elles nous aider à réparer et restaurer les équilibre écologiques rompus? Quels secrets les arbres et les sols peuvent-ils nous enseigner ? Quelles découvertes récentes la science met- elle en lumière? Quels espoirs celles-ci portent-elles ? Comment pouvons nous avec la nature réparer le tissus déchiré du vivant ?
A travers leurs recherches, mais aussi leurs actions au coeur des milieux naturels, chacun.e nous aide à retrouver les liens perdus, les savoirs oubliés qui, pendant des millénaires nous ont accompagnés, guidés et nourris. Et ainsi, pouvoir accompagner la nature dans sa magnifique capacité de régénération et de restauration des écosystèmes. Il s’agit d’essaimer le plus possible et le plus loin possible leurs connaissances et découvertes.
Constat et axes de tournage :
Une étrange défaite :
« Ce qui nous menace le plus aujourd’hui c’est l’impensé politique et l’inaction. Il y a urgence, car chaque année qui passe rend les actions indispensables plus difficiles et plus coûteuses à mettre en œuvre. Les populations sont maintenant plus prêtes à changer que nous ne le croyons. Il manque juste un peu de courage politique. Nous ne pouvons plus attendre les prochaines catastrophes pour mettre en œuvre la transformation de nos sociétés. Il est temps de mettre fin à cette étrange défaite qui fait que , bien que nous n’ayons jamais accumulé autant de connaissances, bien que les solutions soient disponibles et financièrement supportables, nous continuons à nous enfoncer ensemble vers les profondeurs d’un monde invivable. Il est encore temps d’agir. »
Extrait de « Climat, pour en finir avec l’étrange défaite », Marie-Antoinette Méllière, Daniel Gilbert, Dominique Bourg, Patrick Giraudoux et Michel Magny.
Depuis 1971 et l’appel du club de Rome, le dérèglement climatique s’est progressivement immiscé dans nos vies. Si il est aujourd’hui au centre de bien des préoccupations, il reste cependant difficilement appréhendable par la très grande majorité d’entre nous malgré un impact bien réel sur nos vies.
L’effondrement des écosystèmes, l’appauvrissement de la biodiversité, les modifications climatiques avec leurs corollaires d’inondations, de sécheresses et de catastrophes naturelles deviennent quotidiens. Les impacts sont autant écologiques qu’économiques.
Nous voici à un tournant de notre histoire. Sortir des paroles sans actes, des grands discours sans lendemain, oser, faire preuve de courage semble pour les pouvoirs politiques impossible, tant ils paraissent enfermés dans leurs perceptions erronées du « tout développement ».
Les manifestations en faveur de la nature organisées dans plusieurs pays, les actions de blocages et d’occupation, tentent de freiner les destructions et permettent de mettre en lumière notre incapacité à penser l’avenir en dehors des dogmes établis.
C’est peut être dans ces périodes d’instabilités profondes, qu’il convient de quitter les itinéraires bien tracés et de traverser les ornières pour s’engager vers l’inconnu. Là, rien n’est certain mais tout devient possible. Chaque pas nous éloigne de nos certitudes et nous libère de nos croyances.
Sortir de l’impensé politique qui caractérise les sociétés actuelles et agit comme un frein, permet d’explorer des possibles, de repenser nos vies, de poser des choix. La prise de conscience au niveau mondial des enjeux liés à l’écologie se heurtait jusque là telles les vagues sur la digue aux attentes des décisions politiques. L’inertie dont font preuve les états et les grandes sociétés industrielles ont peu à peu fragilisé, puis fissuré les certitudes sur lesquelles se sont construites nos convictions et nos confiances dans les institutions.
Le temps semble venu de sortir de l’inaction en nous réappropriant les territoires dans lesquelles nous vivons. Un peu partout naissent des initiatives, des projets et des pratiques qui font rupture avec les choix politiques dominants. Retrouver les liens avec le vivant, reprendre notre place au sein des écosystèmes, pour faire sens commun, c’est inverser notre rapport à la nature, sortir des immobilismes, des peurs, et du sentiment d’impuissance.
Encore rares, ces initiatives sont porteuses de promesses, d’avenirs et d’espoirs immenses pour l’ensemble du vivant. Nos moyens d’actions sont nombreux et peuvent inverser le cours des choses.
Note d’intention :
J’ai passé une partie de mon enfance dans un village entouré de forêts et de falaises de calcaire blanches aux abords d’une rivière sur une terre de moyenne montagne, dans le Sud de la Drôme. Véritable terrain d’exploration, de découvertes et d’aventures, mon imaginaire s’est nourri de légendes racontées, de rêves oubliés, des rumeurs du vent, des murmures des arbres bercés par les chants de l’eau. C’est là, dans cet environnement préservé que j’ai tissé et forgé une relation intime avec le vivant.
J’ai réalisé mon premier long métrage au coeur de ce territoire fait de cailloux, où chênes et hêtres cohabitent en harmonie, avec les pins, le long des pentes qu’arpentent les troupeaux de chèvres et de brebis. C’est en observant la beauté de la nature qu’est né le désir de faire ce documentaire. ; l’envie un peu folle ou utopique de parvenir à décaler nos regards et à retrouver le désir d’agir, de protéger, autant que celui d’aimer.
J’ai compris l’importance de mettre en lumière qu’il nous est possible d’apporter des réponses pertinentes face aux enjeux écologiques, en nous appuyant sur ce que nous enseignent les écosystèmes. Les relations d’entraide et de symbiose au sein des divers biotopes, sont autant de clés indispensables pour maintenir les équilibres naturels et autant de solutions capables d’inverser les facteurs responsables des dérèglements climatiques et des destructions écologiques.
Accompagner la nature dans ses formidables capacités de régénération et de réparation du vivant est une aventure magnifique, porteuse de commun, qui nous replace sur le chemin de notre humanité.
J’ai perçu aussi les risques de me perdre dans des impasses ou dans des questionnements secondaires, en effleurant juste le sujet. J’ai aussi mesuré l’importance de ne pas tomber dans le confort d’un film qui soit donneur de leçons et culpabilisant.
Je fais le choix :
D’interroger nos certitudes et notre confiance aveugle dans les technologies et dans nos capacités d’adaptation.
De questionner ces paradigmes qui nous enferment dans un espace de pensée qui limite nos perceptions et nous rend impuissant à agir.
D’aborder les raisons de cet impensé collectif et sociétal, face à l’urgence écologique.
De nourrir le débat autour de notre rapport au vivant.
De mettre en lumière la capacité de résilience de l’ensemble des milieux naturels avec lesquels il devient possible de coopérer dans une interaction qui soit favorable pour l’ensemble des Êtres vivant et des milieux.
Pour cela je vais suivre des chemins de traverses, souvent plus longs et plus tortueux qui mènent vers des horizons plus grands, sans faire de concessions ni à moi même, ni aux personnes qui seront amenées à voir ce documentaire.
C’est un véritable parti pris assumé. Les enjeux écologiques et climatiques sont tels, qu’il m’a semblé impossible de traiter mon sujet de manière consensuelle. Sortir du débat de la simple adaptation de nos sociétés, demande de remettre en causes nos certitudes, de nous confronter à nos peurs et d’accepter nos responsabilités communes. Oui, d’autres futurs sont possibles. Le choix de ces avenirs nous appartient.
Contrairement aux idées reçues, nous pouvons agir, aider à la régénération des sols, des forêts, des océans et des milieux humides. Nous pouvons créer de vastes zones telles des oasis de vie qui permettent à la nature de se « réparer ».
Note de réalisation :
L’importance et la richesse des thèmes abordés, la multitude des sujets à filmer et le temps nécessaire pour cela, m’amènent à rendre les dimensions d’une telle œuvre dans un documentaire de 120 minutes.
Pour cela je vais plonger au coeur d’un des écosystème les plus anciens sur terre : la forêt. C’est un voyage passionnant, où nous découvrirons comment les forêts agissent telles de véritables pompes biotiques, en créant la pluie, en ayant une influence sur les climats. Comment, parviennent-elles à maintenir les conditions d’humidité indispensables à leurs développement. Comment à travers des relations d’interdépendance et d’interactions elles architecturent les conditions nécessaire à la vie. Comment les arbres fonctionnent comme de véritable châteaux d’eau géants, capable de retenir et d’emmagasiner l’eau dans les périodes les plus chaudes, tout en irriguant la terre.
Que nous enseignent les forêts? Comment peuvent-elles nous aider face aux enjeux écologiques ?
Ce voyage nous emmènera dans des univers inconnus, pour découvrir comment à partir de la communication entre les espèces, celles-ci s’organisent pour faire circuler l’eau afin qu’elle puisse irriguer l’ensemble du tissus vivant. Comment, dans certaine conditions, elles créent elles-même l’eau dont elles ont besoin et parviennent à maintenir un écosystème qui soit favorable à chacune d’elle.
Au coeur de l’ensemble des biotopes, une mémoire commune semble relier le vivant en œuvrant de concert pour favoriser les milieux naturels dans lesquels la vie appelle la vie. L’entraide et la communication entre les espèces pour sauvegarder et réparer le vivant est comme une porte, une promesse vers l’espoir.
Redonner aux sols leurs capacités à redevenir des éponges et retenir l’eau de pluie devient essentiel. Un pari qui semble presque irréalisable face à nos modes de vies.
Nous irons aussi à la rencontre de deux lieux, qui depuis de nombreuses années, parviennent à planter la pluie. Ceux-ci se situent dans des milieux géographiques et environnementaux très distincts leur conférant une singularité importante.
Une attention particulière entre ces initiatives sera portée pour qu’un rythme juste et équilibré soit trouvé dans une alternance entre les lieux, les personnes intervenants dans le film, les textes lu en voix off et les plans d’ensemble. La force du film repose sur ce qui relie et différencie chaque expérience.
Afin de montrer l’importance de planter la pluie, je suis allé réaliser des prises de vues au coeur de la région de Drâa Tafilalet au Maroc. Après des décennies de pratiques agricoles dévastatrices, la terre nue est brulée par le soleil, asséchée par le vent est poussée vers la mer par les pluies. Les sols sont tellement érodés que seul reste la roche.
A travers ces images où se mêlent la beauté de paysages montagneux à la désolation d’un sol sans vie, je souhaite mettre en lumière l’importance du travail accompli au monastère de Solan, et au GAEC de Montlahuc, mais aussi souligner la fragilité de ces initiatives face aux enjeux climatiques. Il ne s’agit pas de présenter des initiatives marocaines de restauration des sols, même si elles sont spectaculaires au regard du degré de destruction des sols, mais bien de mettre en tension notre capacité de choix et de décision quant aux futurs que nous souhaitons.
Enfin, le traitement de l’image entre en résonance avec une écriture posée, poétique, en vu d’un montage où le rythme particulier permettra aux spectateurs d’entrer dans le sujet en faisant appel à toute sa sensibilité, à toute son intelligence, nourri par l’esthétisme de prises de vue qui subliment le vivant.